Archives pour la catégorie En vers

Charlie

Quand les tombes se marrent
Des cons qu’elles recouvrent
Et que les autres se barrent
Pour échapper aux vautours

Quand le peuple frémit
D’une fougue commune
Ne veut pas se coucher sous la lune
Et crie : Je suis Charlie !

Quand ça se barre en commémorations
Un mot que même toi tu en chies à dire
Mais, laisse, faut pas faire attention

Nous sommes là pour combattre le pire
Alors tu t’en fous, et tu dessines
Rigoles des cons qui nous assassinent !

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Je préfère me perdre

Descente du train
Arrivée, ici, ville inconnue
Combien de quais ai-je foulé depuis que je suis parti ?
Combien de messages d’accueil, dans combien de langues, n’ai-je pas entendu ?

Je ne prends jamais de plan avec moi,
Je préfère me perdre
Je suis les foules, elle convergent souvent vers le centre
Pas besoin de guide.

Je ne suis même pas sûr de savoir exactement où je suis.
Je suis en France, je n’ai pas changé de compagnie ferroviaire
Mais comme d’habitude je n’ai pas regardé la destination,
Et je ne lis aucun panneau.

Je préfère me perdre.

Les murs parlent de leurs vécus, il suffit de les voir
Les en-têtes anciennes côtoient les devantures modernes
Quelqu’un change sa roue, un autre à vélo
Sautille sur le pavé.

Le marché aux odeurs bouscule les hasards
Quelques-un attendent pour récupérer leur part
Quand il fermera, ramasser les fruits dont personne n’aura voulu
D’autres achètent des lunettes de soleil.

Cette place est animée, on y vend des livres
Il y a les éternelles enseignes de centre-ville
Mais elles ne m’intéressent pas plus que les indications
Je m’attarde sur des détails.

Il y a une grande rue, et encore une foule
Je ressens ses mouvements, je m’y meus les yeux fermés
Comme dans un fleuve, agité des courants
Le léger reflux me dépose sur la grève.

Ici, on fabrique des nuages
Ils sortent du sol et s’étendent sur les reflets
Les enfants courent, comme au pied d’un arc-en-ciel
Et le miracle biblique semble s’accomplir

Mon regard se perd enfin
Il m’arrive parfois de me trouver au pied de bâtiments trop hauts
Qui ne laisse filtrer le ciel qu’au prix d’un torticolis
J’aime cette courbure lunaire.

Je pense que je vais rester quelques jours,
Je vais chercher un endroit où dormir
Je peux m’arrêter, entrer dans cette ville.
Je commence à l’entendre.

Les lies de fer

Quand les lies de fer affalés sur le ballast
Supportent les wagons ivres, aux fenêtres cassées
Quand nuage et soleil en donnent assez
Et que le bleu du Danube devient blast

Quand les faïences plusieurs fois centenaires
Brument la chaleur lourde, et le feu de fontaine
Quand la chance au ticket fait de la peine
Et que courant circule dans les caténaires

Quand enfin la carte devient le tableau
D’un instant sublime, ou bien d’un peu d’eau
Une clé enlève aux postales le soleil couchant

Les renards s’invitent sur les quais de gare
Dévorent les sacs et réduisent les écarts
Nous nous retrouvons, et regardons devant.

Mélodie ment

A douceur assasiée
Aux douces rassasiées
Mélodie ment
Harmonie s’en mêle
Et de zèle
Rassure le chant

Rien de lui assure
La correcte mesure
Des agréments
Désagrément

C’est peut être la faute
De lui ou d’un autre
Qui pour l’instant
Prête serment

Mélodie s’envole
Brise les coupoles
Et Harmonie
La remercie.

Les panneaux

Les panneaux ont envahi la campagne,
Les boutons rouges, ronds et triangles, pullulent
Les flèches scandent les hameaux
Abaissent et ordonnent le chant des oiseaux.

Les serpents cisaillent le paysage
Torrents figés d’un orage sec
Les chevaux s’y cassent les sabots
Mais qu’importe ! Ils restent dans leurs enclos.

Pendant la Guerre, les enfants inversaient les directions
Pour que les Allemands n’arrivent pas à leur maison.
Buttes, bois et monts étaient des horizons.

Les korrigans n’ont plus de cachette,
La brume n’isole plus,
Le silence est tapis du bruit des voitures.

L’instant d’un espace

Depuis longtemps traqué par d’obtus coutelas

S’entichant du titre de mathématiciens

Du prestige rapide accordé aux anciens

Et pour tout mesurer d’alpha et d’oméga

 

Toujours attaqué par finitude de glas

Qui prend pour une action le simple fait de naître

Disant : « faut bien mourir, voici l’étant de l’être »

Et de la marche faussant le pas

 

Lors que même chez lui entre avant et après

Il n’y a que tangente où la ligne n’a trait

« A-tomos est son nom», ils approchent à peu près

 

Aculé il crie son message de détresse

Passe par le Temps et s’enfuit dans son cours

Et les cordes résonnent comme un dernier recours.