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Une idée du miracle

Le monde sonne juste la plupart du temps.
Le dérèglement des sens, c’est en fait le décalage par rapport à une harmonie logique. Analogue à l’angoisse, le rêve rend possible ce qui n’est qu’infiniment peu probable, ce qui advient comme une dissonance de ce qui devrait arriver. Par là, le poète comme l’angoissé aperçoit un enchaînement des choses, logique lui aussi même si peu probable, et prolonge cet enchaînement jusqu’à y croire un peu, et vivre quelque chose qui n’est pas advenu. Le décalage, l’espace d’un instant (parfois insistant), entre ce qui est et ce qui pourrait être mais vraiment avec de la chance. C’est ainsi que le poète entrevoit l’amour sans raconter sa vie. Pour l’angoissé, il suffit de changer quelques mots à la définition, c’est le décalage entre ce qui est et ce qui éventuellement aurait une petite probabilité d’arriver, mais ce serait carrément pas de bol.
Le monde sonne juste, la plupart du temps.
Le miracle, c’est quand le rêve advient dans la vie
[idem pour la catastrophe, vous transposerez]
Je disais : du rêve qui advient dans la vie.
C’est un miracle.

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Charlie

Quand les tombes se marrent
Des cons qu’elles recouvrent
Et que les autres se barrent
Pour échapper aux vautours

Quand le peuple frémit
D’une fougue commune
Ne veut pas se coucher sous la lune
Et crie : Je suis Charlie !

Quand ça se barre en commémorations
Un mot que même toi tu en chies à dire
Mais, laisse, faut pas faire attention

Nous sommes là pour combattre le pire
Alors tu t’en fous, et tu dessines
Rigoles des cons qui nous assassinent !

Je préfère me perdre

Descente du train
Arrivée, ici, ville inconnue
Combien de quais ai-je foulé depuis que je suis parti ?
Combien de messages d’accueil, dans combien de langues, n’ai-je pas entendu ?

Je ne prends jamais de plan avec moi,
Je préfère me perdre
Je suis les foules, elle convergent souvent vers le centre
Pas besoin de guide.

Je ne suis même pas sûr de savoir exactement où je suis.
Je suis en France, je n’ai pas changé de compagnie ferroviaire
Mais comme d’habitude je n’ai pas regardé la destination,
Et je ne lis aucun panneau.

Je préfère me perdre.

Les murs parlent de leurs vécus, il suffit de les voir
Les en-têtes anciennes côtoient les devantures modernes
Quelqu’un change sa roue, un autre à vélo
Sautille sur le pavé.

Le marché aux odeurs bouscule les hasards
Quelques-un attendent pour récupérer leur part
Quand il fermera, ramasser les fruits dont personne n’aura voulu
D’autres achètent des lunettes de soleil.

Cette place est animée, on y vend des livres
Il y a les éternelles enseignes de centre-ville
Mais elles ne m’intéressent pas plus que les indications
Je m’attarde sur des détails.

Il y a une grande rue, et encore une foule
Je ressens ses mouvements, je m’y meus les yeux fermés
Comme dans un fleuve, agité des courants
Le léger reflux me dépose sur la grève.

Ici, on fabrique des nuages
Ils sortent du sol et s’étendent sur les reflets
Les enfants courent, comme au pied d’un arc-en-ciel
Et le miracle biblique semble s’accomplir

Mon regard se perd enfin
Il m’arrive parfois de me trouver au pied de bâtiments trop hauts
Qui ne laisse filtrer le ciel qu’au prix d’un torticolis
J’aime cette courbure lunaire.

Je pense que je vais rester quelques jours,
Je vais chercher un endroit où dormir
Je peux m’arrêter, entrer dans cette ville.
Je commence à l’entendre.

Les lies de fer

Quand les lies de fer affalés sur le ballast
Supportent les wagons ivres, aux fenêtres cassées
Quand nuage et soleil en donnent assez
Et que le bleu du Danube devient blast

Quand les faïences plusieurs fois centenaires
Brument la chaleur lourde, et le feu de fontaine
Quand la chance au ticket fait de la peine
Et que courant circule dans les caténaires

Quand enfin la carte devient le tableau
D’un instant sublime, ou bien d’un peu d’eau
Une clé enlève aux postales le soleil couchant

Les renards s’invitent sur les quais de gare
Dévorent les sacs et réduisent les écarts
Nous nous retrouvons, et regardons devant.

Mélodie ment

A douceur assasiée
Aux douces rassasiées
Mélodie ment
Harmonie s’en mêle
Et de zèle
Rassure le chant

Rien de lui assure
La correcte mesure
Des agréments
Désagrément

C’est peut être la faute
De lui ou d’un autre
Qui pour l’instant
Prête serment

Mélodie s’envole
Brise les coupoles
Et Harmonie
La remercie.

Les toros

Les toros féroces ont forcé la fenêtre fermée à clé de la fille folle qui a laissé traîner son âme dans les horizons liquides des toros avinés de chair et d’éclat d’or horrible attablé à la mère des roses et des lilas nourris par la nuit visqueuse qui se répand et refuse son noir témoin comme une appendice ou une tumeur gênante de ses bracelets fluos à mettre au réfrigérateur pour plus ou moins de couleur à tapisser les barrières défoncées des toros mâchés à l’encornure d’une cigarette en furie pour laquelle la blonde est la représentante en vogue vers un porc maculé de non-écriture à savoir celles qui se trament sur du papier glacé, ah ! qu’il porte bien son nom celui là, nom d’un vers solitaire corrupteur de tous les mets les plus fins ah ! il les bouffe comme les toros motorisés des ventres lourds portés par la lourdeur et la pesanteur qui gerbe pour déchirer le ciel pour le taillader des ailes d’acier anti-légèreté pesanteur du monde qui se refuse à laisser danser la folle dans ses limbes gracieuses qui la veut pour lui ici et maintenant figer le mouvement pour l’encadrer ; le tuer comme l’oiseau encagé ou le dauphin en aquarium, il est grand temps que les écureuils en laisse mordent leur chewing-gum et gueulent au groin des toros de glace, juste un nuage, s’il-vous-plaît ; non pas trop, jamais plus que le faux-col de l’alcool des oublis et des cris, alcool des viols, alcool des belles paroles et alcool des couilles-molles ; jamais d’école qui ne décolle et respire l’air et sent l’air et touche l’air et boit l’air et habite l’air peut être n’est-ce pas la bonne ère, le temps est-il désert ? Désert d’alcool et soif aux caravanes emportées par les fumées gracieuses des jeunes sirènes dont la peau n’est pas encore écaillée, qui ne font que chanter dans l’innocence du geste, avant qu’il ne se perde dans les horizons liquides des toros avinés